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Traité de paix Egypto-Hittite

par titura, le 05/10/2019 à 16:11 - 202 visites

Bonjour,
Je m’intéresse beaucoup au traité de paix entre Ramsès II et Hattousil III de 1259 retrouvé dans le temple d'Amon à Karnak mais après lecture du traité je me pose plusieurs questions :

- l'énumération du nom de tous les dieux Egytiens joue t'il un rôle particulier dans le traité ?

- Le fait que le traité ai été rédigé sur une tablette d'argent est t'il symbolique (et si oui pourquoi) ?

- Quels sont les causes précises qui ont poussé Hattousil à proposer un traité (j'ai trouvé deux versions très différentes) ?

Merci de m'éclairer sur le sujet !

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 07/10/2019 à 15:05

Bonjour,

Nous reproduisons ci-dessous un extrait de l’ouvrage de Jacques Pirenne, Histoire de la civilisation de l'egypte ancienne, qui propose une traduction de la version égyptienne du traité, dont, si nous comprenons bien, vous avez déjà pris connaissance. Jacques Pirenne commente le contexte politique et militaire qui a abouti à cet accord, et ses enjeux pour les deux Etats :

« Comme [Ramsès II] se rendait maître enfin de la situation en Palestine, Mouwattalli mourait (1288) et une crise dynastique grave s’ouvrait dans le royaume du Hatti, qui mit aux prises Ourhitésoup, le fils du roi défunt et Hattousil, son frère. L’occasion ne fut pas perdue par Ramsès ; menant de front la diplomatie et la guerre, il soutint les prétentions d’Ourhitésoup, tout en poussant ses armées vers le Nord.

La situation du Hatti en ce moment était grave. Tandis que l’armée égyptienne enlevait d’assaut la place forte de Dapour dans l’Amourrou, Adadnirâri, roi d’Assyrie, pénétrait dans le Mitanni.
Hattousil entre-temps était parvenu à s’assurer du trône (1280). Il chercha aussitôt à rétablir la situation en renouant avec l’Egypte des relations diplomatiques depuis longtemps interrompues : « J’ai pris la souveraineté, écrit-il à Ramsès II, mais tu ne m’as pas envoyé d’ambassadeur, et quoiqu’il soit d’usage entre rois quand on prend la souveraineté de s’envoyer de beaux présents, vêtements royaux et huiles parfumées, toi, en ce jour, tu ne l’as pas fait ». Ramsès II qui semble avoir voulu rendre un rapprochement possible, répondit au messager d’Hattousil en lui attribuant, dans sa lettre, le protocole royal. Mais il n’en continua pas moins sa marche vers le Nord. Hattousil alors se tourna vers Babylone, menacée comme lui par la puissance militaire croissante de l’Assyrie, et conclut avec elle une solide alliance militaire.
Prise entre les attaques combinées des armées hittites et babylonienne, l’armée assyrienne fut rejetée à l’intérieur de ses frontières. Assuré vers l’Est, Hattousil se tourna alors vers l’Egypte et jeta une garnison dans la ville forte de Tounip pour arrêter l’avance égyptienne. Mais Ramsès emporta la ville d’assaut, tandis que, profitant du répit qui lui était accordé, le roi d’Assyrie Salmanasar forçait à nouveau le Mitanni, et portait la frontière de ses Etats sur l’Euphrate.
Ainsi, au moment même où le pharaon se croyait maître de la Syrie du Nord, il voyait une nouvelle et redoutable puissance se fixer sur l’Euphrate.
Contre ce danger nouveau qui menaçait à la fois le Hatti et les provinces syriennes de l’Egypte, les deux Etats qui semblaient engagés dans une guerre sans issue, allaient se réconcilier et faire front.

4.L’entente égypto-hittite (1278)

L’initiative de ce renversement de politique vint de Hattousil III. Mais l’offre de réconciliation qu’il fit parvenir à Ramsès II fut immédiatement accueillie avec faveur et les ambassadeurs égyptiens prirent la route du Hatti.
La politique de Ramsès avait échoué. Malgré la puissance militaire qu’il avait constituée, la plus grande dont disposa jamais l’Egypte, il n’avait pu reporter les frontières de son Empire jusqu’à l’Euphrate, comme à l’époque de Thoutmosis III, ni surtout transformer en véritables provinces ses possessions asiatiques.
L’apparition de l’Assyrie sur l’Euphrate rendait ce rêve dorénavant irréalisable. Ramsès eut le mérite de le comprendre et de limiter ses ambitions. Une entente avec le royaume hittite pouvait assurer à l’Egypte, en même temps que la paix, une hégémonie partagée.
C’est ainsi qu’à la politique de l’hégémonie universelle du pharaon se substitua celle d’un condominium égypto-hittite. Des plénipotentiaires hittites et égyptiens en établirent les bases à Hattous (Boghazkheuy), capitale du Hatti.
Le projet de traité, gravé en akkadien sur une tablette d’argent, fut scellé par Hattousil III et porté à Ramsès dans sa capitale de Pi-Ramsès par deux ambassadeurs hittites, dont Tartésoub, et par deux ambassadeurs égyptiens, dont Ramès. Légèrement amendé en Egypte, le traité, approuvé par le pharaon, reprit le chemin de Hattous. L’exemplaire scellé par Hattousil III, dans lequel il s’adresse à Ramsès II et s’engage par serment, fut déposé aux pieds du dieu Rê et gravé, en traduction égyptienne sur les murs du temple d’Amon à Karnak et du Ramesseum ; l’exemplaire qui contient le serment de Ramsès II fut déposé à Hattous aux pieds du dieu Teshoub et, transcrit sur des tablettes d’argile, conservé dans les archives officielles où il a été retrouvé.
Le traité égypto-hittite de 1278 est le premier grand traité international dont nous ayons conservé le texte. […]

Ce traité établissait entre les deux pays, traitant sur pied d’une égalité absolue, qui s’affirme dans le protocole identique des rois d’Egypte et du Hatti, une union extrêmement étroite. Non seulement il comporte une clause de non agression, mais il établit une alliance défensive contre tout ennemi extérieur et une garantie mutuelle assurant le statu quo territorial au moment de la signature. […]
Les articles II, III et IV du traité sont très différents dans les versions hittite et égyptienne. Il résulte de ces articles que le traité est donné par les deux hautes parties contractantes comme un « décret » rendu par le Soleil Rê, et par l’Orage Teshoub, qui avaient créé entre l’Egypte et le Hatti la situation établie jadis dans le traité conclu entre Souppilouliouma et Aménophis III.
Le roi hittite reconnaît que c’est le roi, son frère Mouwattalli, qui a violé le traité en entreprenant la guerre contre Ramsès II. Il s’engage à maintenir à l’avenir, les traités réguliers qui avaient existé sous Soupplilouliouma et Mouwattalli et prend le même engagement pour ses fils et les fils de ses fils.
Au contraire, Ramsès II, invoquant le décret des dieux, c’est-à-dire le premier traité, ne fait pas allusion à sa violation ; il se borne à affirmer qu’il l’a toujours respecté, et ajoute qu’il s’appuie sur ce traité pour renouveler, en son nom comme au nom de ses descendants, la promesse de conserver la paix et la fraternité qui, dit-il, existe entre les deux pays.
Les traités faits par les rois sont donnés, dans ces articles, comme des décrets des dieux, destinés à mettre en application la politique des dieux. Violer un traité est donc une faute grave commise contre les dieux. Il est par conséquent important de fixer les responsabilités des parties. Or dans le traité, et c’est une de ses clauses essentielles, Hattoussil III reconnaît la culpabilité hittite, mais il affirme sa propre fidélité aux dieux et sa loyauté dans l’observation des traités antérieurs.
La violation du traité par Mouwattalli établie, aucune sanction ne sera prise contre le Hatti de ce fait. Les dieux seuls sont appelés à en connaître. Quant à Ramsès II, il affecte de l’ignorer. Et c’est en quoi le traité apparaît non pas comme conclu entre un vainqueur et un vaincu, mais entre rois égaux en droits, décidés à rétablir entre eux la paix perpétuelle qui n’eût jamais dû être troublée, en faisant table rase du passé.
A côté de sa valeur morale, le caractère divin des traités a une importance juridique considérable. En réalité, les traités antérieurs étant réguliers et ayant été pris par les dieux eux-mêmes, n’ont pas cessé d’exister. La violation dont ils ont été l’objet de la part de Mouwattalli est un fait qui n’a rien pu changer aux engagements pris conformément à la volonté divine. La guerre, faite en violation du traité, mentionnée par Hattousil III pour reconnaître sa culpabilité, est entièrement passée sous silence par Ramsès II. Elle apparaît donc comme n’ayant eu aucune influence sur les traités anciens qui conservent toute leur valeur.
Il y a là l’affirmation d’une idée de droit de la plus grande portée ; un effort des plus curieux, fait pour établir un régime de légalité internationale, sous la sanction des dieux. Les rois d’Egypte et du Hatti, en confirmant purement et simplement les stipulations des traités antérieurs, affirment la foi due aux traités, et pour parler un langage moderne, mettent la guerre hors la loi, lui dénient toute portée juridique, du moment qu’elle a été engagée au mépris d’un traité, c’est-à-dire au mépris de la volonté divine. La guerre faite en violation des traités, est incapable de créer un état de droit.
On en revient donc purement et simplement aux stipulations des traités antérieurs qui fixaient certainement la frontière entre les deux Etats, telle que l’avaient créée, pour l’Egypte, le dieu Rê, pour le Hatti, le dieu Teshoub. »

Vous pourrez poursuivre la lecture dans le tome 2 de l’Histoire de la civilisation de l'Egypte ancienne.

Autant que nous ayons pu nous en rendre compte, Jacques Pirenne ne mentionne rien sur une valeur symbolique de la tablette d’argent. Notons tout de même les précisions apportées par Burt Kasparian dans l’article « Un accord d’alliance éternelle : le traité égypto-hittite » (Méditerranées 20, 1999, p. 11-34), qui nous font clairement comprendre que les deux versions (hittite et égyptienne) ont été rédigées chacune sur une tablette d’argent avant de faire l’objet de copies :

« La rédaction du traité dut être précédée par une longue négociation entre les chancelleries des deux pays, mais ses termes ne nous sont pas connus. On sait seulement qu'après accord sur le dispositif de la convention, les deux chancelleries travaillèrent chacune de leur côté à la rédaction d'une version définitive du traité. Le traité égypto-hittite connaît donc deux versions, une version égytienne et une version hittite qui ne sont pas la copie l'une de l'autre. La version hittite, rédigée en accadien, est connue par des tablettes en argile retrouvées sur le site de l'ancienne capitale du Hatti, Hattusa. Il s'agit de copies courantes, destinées aux besoins de l'administration hittite, du texte rédigé par la chancellerie égyptienne, un texte rédigé en accadien sur une tablette d'argent portant le sceau de Ramsès II. Par version hittite, il faut donc entendre en fait le texte égyptien du traité. De son côté, la version égyptienne est la copie hiéroglyphique du texte rédigé en accadien par la chancellerie hittite sur une autre tablette d'argent destinée cette fois à Ramsès II et portant le sceau d'Hattusili III. Par version égyptienne, il faut donc entendre le texte hittite du traité.
Seules les copies nous sont parvenues et les copies égyptiennes, au nombre de deux, présentent la caractéristique intéressante d'être très différentes par leur aspect matériel des tablettes hittites. En effet, elles n'ont pas une nature mobilière, mais ont la valeur d'immeubles par destination.
Concrètement, la première copie lapidaire consiste en une stèle encastrée dans un mur du temple d'Amon à Kamak. La deuxième copie se trouve au Ramesséum, bien en évidence, sur le côté gauche de la façade même du second pylône8. À Kamak et à Thèbes, les deux stèles, pratiquement, servent à rendre public, par voie d'affichage, le texte du traité et leur emplacement suggère que la norme établie intègre la sphère des normes intemporelles qui satisfont à l'ordre du monde dont le pharaon est le garant. »


Peut-être trouverez-vous d’autres éléments de réponse dans l’article suivant, auquel nous n’avons pas accès :

Allam, S. (2011). Le Traité égypto-hittite de paix et d’alliance entre les rois Ramsès II et Khattouchili III (d’après l’inscription hiéroglyphique au temple de Karnak)*, Journal of Egyptian History, 4(1), 1-39. doi: https://doi.org/10.1163/187416611X580697


Bonne journée.
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